SOPHIE KITCHING – “ROOM WITHOUT A VIEW”

Photos © Romain Darnaud

Le travail de Sophie Kitching, artiste française vivant entre New York et Paris, est une succession d’éléments du monde rassemblés de façon chorale dans des installations-espaces. Traces intimes et objets récupérés, ses agencements créent une littérature à part, faite de traces colorées et de morceaux de matière.

The work of the french artist living between New York and Paris, Sophie Kitching, is a concatenation of various elements brought together in space-installations.
Intimate traces and found objects are part of her fittings, creating aside literature, made with colorful shades and pieces of non-natural matter.

Sophie Kitching exprime un regard morcelé en actes. Acte d’observation d’abord, puis d’expérimentation, enfin de transformation et de dénaturation. Son rapport au matériau naturel brut – bouts de bois, de terre, d’eau – et non naturel – plastique, métaux, matières mélangées – semble, sinon primordial, le fondement de nombre de ses recherches.

S’exprimant à la manière d’une architecte, elle semble chercher dans sa matériauthèque les objets trouvés, collectés, morcelés, fragmentés. Travaillant par plans successifs, elle n’hésite pas à aller altérer les couches de cet objet, et crée ainsi un fil narratif – entre anecdote et ouverture – via le dépiautement et le recouvrement. Un jeu subtil se tisse alors entre esthétisme et équilibre des volumes, fait de références post-modernistes et d’une liberté déconstruite assumée.

Le passage du plan à la dimension est notamment au cœur de ses installations, témoignage d’une démarche systémique à la fois vague et précise, optant souvent pour le parti-pris d’un entre-deux : ses polycarbonates ne sont ni tout à fait sculpture, ni tout à fait peinture, mais des envolées visuelles qu’il n’est plus important de qualifier. Recouverts sur leur fond d’un miroir sans tain et tachés sur le devant de couleurs, ils perdent le regard et attrapent soudain un reflet familier, faisant apparaître l’espace environnant dilué entre plusieurs teintes, plusieurs références, plusieurs continents.

Sophie Kitching mixe ses propres souvenirs à des réflexions plus générales sur l’espace dans lequel nous vivons, dans l’attitude proustienne d’un observateur du monde tout autant wanderer actif que rêveur.

Continuant cette démarche d’observatrice, elle s’attache à certains éléments insignifiants auxquels elle va donner sens : la poussière de son appartement à New-York devient le sujet d’un des “jardins” qu’elle construit, ou de cartes postales, créant des mondes mentaux tracés au sol, plaqués contre un mur, dans lesquels se mêlent vision de paysages urbains et topique de la fenêtre.

L’on pense alors à l’attitude de John Armleder et de ses Furniture Sculpture qui, plutôt que de reprendre des références telles qu’elles, les libère de leur classicisme en les “redimensionnant”. Sophie Kitching redimensionne ses propres références, choisissant d’intégrer la palette moderniste des verts mouillés, des ocres mélangés et des bleus brouillard, pour s’éloigner du pop tout en gardant l’ironie du doré et de l’argenté, du brillant et du moiré. Si elle semble utiliser parfois des patterns décoratifs, la construction libre des matières et des couleurs apposées transforme ses éléments en œuvres.  

Le spectateur ne sait alors pas comment interagir, ni s’il faut ressentir une mise à distance ou non. Une gêne est éprouvée entre impersonnalité et proximité, car elle opère une distanciation par la citation, tout en faisant écho à des champs esthétiques communs – des plus nobles – les impressionnistes – aux plus populaires – l’artisanat.

Sophie Kitching réussit ainsi à allier le sublime de la peinture abstraite à une attitude très contemporaine, échappant au dogmatisme désuet de la pure abstraction.

Camille Frasca & Antoine Py

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ARNAUD DESCHIN (né à Douai en 1970), artiste, galeriste, commissaire d’exposition Arnaud Deschin a été formé à l’ESAD d’Amiens, puis aux Beaux Arts du Havre, Besançon et Marseille dont il sort diplômé/félicité en 1996. Il performe inlassablement jusqu’à la fin de son cursus et l’obtention de son diplôme en 1995 (« 100 cœurs sans toit » « Les performances de l’Agneau », entre autres). En marge de sa pratique de performer, qu’il poursuit jusqu’en 2003 et est entretenue par celle du judo et du Krav Maga, il devient assistant à la Galerie Roger Pailhas à Marseille (1996-1999) et travaille pour Crash magazine. En 2000, diplômé d’Etat de visites et informations médicales il devient Délégué Spécialiste pour Takeda Pharmaceutical, poste qu’il occupe pendant treize ans et autour duquel s’imagine de nouveaux scénarii de performances, données pour la plupart à Marseille. Il devient gérant d’un night-club marseillais et crée en 2010 La GAD Marseille, galerie au sein de laquelle il développe son activité de commissaire d’exposition. La GAD défend principalement les artistes émergeants (au total en 2018 : 100 artistes présentés à Marseille, à Paris, à Malibu et dans des foires nationales). En 2016, il inaugure un nouvel espace dédié à l’art contemporain, la Arnaud Deschin galerie à Paris, Belleville qui ferme ses portes en juin 2018. Arnaud Deschin inaugure à Bagnolet, ART DECH STUDIO, 12 rue de la Liberté, en juillet 2018, une plateforme artistique transdisciplinaire, avec une performance à travers laquelle il fait « Don du tapis rouge » à une galeriste invitée. Ses performances intègrent les pratiques contemporaines in situ, celles du body art, de l’esthétique relationnelle, l’art de l’installation, la photographie et la vidéo. Il combine ces médiums aux réseaux sociaux et à son gout des mythes, pour poursuivre une œuvre imaginée aux Beaux-Arts, où l’affect est en permanence questionné depuis 1993