Jerome Cavaliere, Entretien avec une œuvre d'art, essai #11 (50 mètres), 2015 - photo © Théo Baulig pour Private Choice

PRIVATE CHOICE 2016

17.10—23.10 2016
www.privatechoice.fr

Jerome Cavaliere

Apparemment proche de l’Appropriationnisme, la démarche de Jerome Cavaliere s’en distingue néanmoins par une désinvolture affichée. Si ce précédent courant exprimait la prise de conscience d’un monde où tout a déjà été fait et où les œuvres anciennes deviennent un matériel de base – lorsque la “culture est devenue une véritable seconde nature” comme le dit Fredrick Jameson à propos du postmodernisme – ici il s’agit plus de conduire à son terme le processus de désacralisation de l’art dont l’origine peut être fixée quelque part autour du readymade réciproque de Marcel Duchamp: une toile de Rembrandt qu’il faudrait utiliser comme table à repasser. Dans son Entretien avec une œuvre d’art, Jerome Cavaliere accomplit ce projet duchampien en tirant à l’arc dans des tableaux d’Olivier Mosset. Ce sont bien sûr des toiles “home-made”, mais est-il totalement exclut que le peintre n’autorise un jour de tirer réellement dans l’une de œuvres, tant elles jouent parfaitement leur nouveau rôle de cibles ?

Un détail est très révélateur de la démarche de Jerome Cavaliere. Lorsqu’il tire dans les peintures de Mosset, il ne le fait pas n’importe comment. Que ce soit à 30, 50 ou 70 mètres, il atteint le cœur de la cible. Cela aurait sans doute plu à Miró, lui qui disait lorsqu’il peignait à la fin de sa vie ses trois Bleus, qu’il s’entraînait comme un archer japonais à la recherche du geste parfait. Ainsi, sa désinvolture face aux œuvres d’art, s’accompagne, de manière a priori paradoxale, d’une grande précision dans la réalisation. On découvre très vite qu’elle a pour fonction de revenir à l’attaque des œuvres par un autre biais, en pointant l’ambivalence qu’elles incarnent.

Extrait du texte « Faut-il prendre l’art avec des pincettes – ou plutôt avec un Fenwick? » de Vanessa Morisset.

 

Boris Chouvellon

Pour Private Choice l’artiste présente Everywhere Is Nowhere (Château d’Eau – Paris), cette œuvre fait partie d’une série commencée en 2009 lors d’une résidence artistique à Toronto au Canada, qu’il poursuit dans chaque lieu où il vit. Issue de dérives nocturnes, avec un regard à la fois contemplatif et mélancolique sur le monde qui tourne en rond, Boris Chouvellon présente ici dans la tradition de la vanité, du Memento mori une œuvre issue d’une image mentale, une collision formelle entre une boule à facette et un kebab/shawarma.

En grand observateur, le champ d’exploration de Boris Chouvellon se situe à la limite de l’espace urbain et de sa périphérie (territoriale, sociale, et humaine). Avec une pratique de la déambulation, il navigue (à pied, en voiture, en train) dans des espaces frontières (voies périphériques, autoroutes, littoraux, cours d’eau). Il tente de reproduire une représentation de la ruine moderne ou se greffe aussi bien des zones agricoles, industrielles, commerciales, et des zones de construction à l’abandon, oubliées. Tous ces états du monde contemporain sont documentés, photographiés, enregistrés, filmés. Sa méthode de travail consiste à prélever dans le monde réel des objets, des formes, des impressions qu’il transforme ensuite dans l’espace de l’atelier ou directement in situ dans les lieux d’expositions. Boris Chouvellon opère des déplacements et des déconnexions qui en même temps qu’ils amènent des fragments du monde vers une dimension imaginaire, onirique en révèlent aussi l’état. La plupart de ses sculptures et installations sont faites de béton et d’acier. Leur matérialité est dense et solide. Les références au travail et à la construction sont récurrentes jusque dans les images du bétonnage des paysages, ou dans les vidéos qui mettent en scène des engins de chantier, elles sont devenues comme la signature de l’artiste. Les œuvres ont cette radicalité mêlant brutalité et élégance qui agit à la fois comme une mise à distance en même temps qu’elle provoque un véritable choc visuel et sensible. La puissance plastique est troublante alors que les titres jouent sur le sens des mots et renforcent le caractère poétique autant qu’inattendu des jeux de références complexes organisés par l’artiste.

Laurent Perbos

La critique joyeuse et décalée de Laurent Perbos s’exerce sur des champs très divers mais qui touchent aux activités sociales de masse et de divertissement, le tout dans une logique du détournement et dans la recherche d’une distinction inédite quoique dérisoire. Le plus fécond de ses domaines d’intervention est sans conteste le sport. Il s’y adonne à une fiévreuse activité de relookage des objets et, partant, des pratiques ; et ce design improbable donne naissance à des objets plus improbables encore mais qui ne perdent jamais le contact avec la réalité et le contexte dont ils procèdent. Détenir des records dans des activités vierges de toute concurrence est l’une de ses activités favorites (Le plus grand nombre de bonnets mis sur la tête est digne du Guinness Book). Ainsi de ce Plus long ballon du monde (2003) qui lorgne du côté du sport autant que de la génétique ; ou encore ce ballon en béton, très ambivalent dans sa drôlerie et la menace potentielle qu’il représente”.

Extrait d’un texte de Jean-Marc Huitorel tiré du catalogue de l’exposition «Sportivement vôtre», Domaine de Chamarande, Essonne, 2004

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ARNAUD DESCHIN (né à Douai en 1970), artiste, galeriste, commissaire d’exposition Arnaud Deschin a été formé à l’ESAD d’Amiens, puis aux Beaux Arts du Havre, Besançon et Marseille dont il sort diplômé/félicité en 1996. Il performe inlassablement jusqu’à la fin de son cursus et l’obtention de son diplôme en 1995 (« 100 cœurs sans toit » « Les performances de l’Agneau », entre autres). En marge de sa pratique de performer, qu’il poursuit jusqu’en 2003 et est entretenue par celle du judo et du Krav Maga, il devient assistant à la Galerie Roger Pailhas à Marseille (1996-1999) et travaille pour Crash magazine. En 2000, diplômé d’Etat de visites et informations médicales il devient Délégué Spécialiste pour Takeda Pharmaceutical, poste qu’il occupe pendant treize ans et autour duquel s’imagine de nouveaux scénarii de performances, données pour la plupart à Marseille. Il devient gérant d’un night-club marseillais et crée en 2010 La GAD Marseille, galerie au sein de laquelle il développe son activité de commissaire d’exposition. La GAD défend principalement les artistes émergeants (au total en 2018 : 100 artistes présentés à Marseille, à Paris, à Malibu et dans des foires nationales). En 2016, il inaugure un nouvel espace dédié à l’art contemporain, la Arnaud Deschin galerie à Paris, Belleville qui ferme ses portes en juin 2018. Arnaud Deschin inaugure à Bagnolet, ART DECH STUDIO, 12 rue de la Liberté, en juillet 2018, une plateforme artistique transdisciplinaire, avec une performance à travers laquelle il fait « Don du tapis rouge » à une galeriste invitée. Ses performances intègrent les pratiques contemporaines in situ, celles du body art, de l’esthétique relationnelle, l’art de l’installation, la photographie et la vidéo. Il combine ces médiums aux réseaux sociaux et à son gout des mythes, pour poursuivre une œuvre imaginée aux Beaux-Arts, où l’affect est en permanence questionné depuis 1993